Lorsque l'on pose une telle question, il est bien sûr important de définir ce que l'on appelle les graines "locales" ou de "chez nous". Ce qui semble simple à première vue ne l'est pas pour le botaniste. En effet, de nombreuses plantes ont été introduites ou se sont acclimatées dans nos régions, notamment en Méditerranée. Les espèces qui se sont propagées naturellement après avoir été cultivées sont appellées "subspontanées". Les autres espèces sont dites "natives" ou "indigènes". Le noyer par exemple, qui semble faire partie de nos paysages, est en fait subspontané, même si son introduction depuis l'Asie mineure remonte à de nombreux siècles.

Si nous considérons alors les plantes qui poussent dans "nos régions", faut il également prendre en compte celles qui poussent uniquement sous serre, tel les Abrus precatorius dont on peut même trouver des graines dans certains jardins botaniques ? Que penser des graines de Sapindus spp. ("noix de lavage") que l'on peut ramasser dans certains jardins de particuliers sous nos climats ? Sont elles de "chez nous" ?

Nous utilisons certaines graines de palmiers plantés dans le sud de la France, bien qu'il ne s'agisse alors pas de plantes natives. Nous faisons usage bien sûr de plusieurs graines ou fruits natifs comme les chataignes d'eau, Trapa natans. Nous préparons actuellement toute une collection sur "noyaux" d'abricots, de pêche et de dattes : bien ces noyaux nous semblent proches, il ne s'agit pourtant pas vraiment de plantes de "chez nous" !

En outre, de nombreuses graines facilement disponibles (haricot, courge, ...) ne sont pas utilisables pour des fabrications durables : elles se cassent facilement ou ne possèdent pas une bonne durabilité dans le temps. Les graines susceptibles d'être utilisées grâce à leur dureté intrinsèque sont décrites dans mon ouvrage "Des graines et des hommes". Contrairement aux apparence, cet ouvrage décrit une cinquantaine d'espèces qui peuvent pousser "chez nous".

Avec les hommes, les plantes ont beaucoup voyagé. Il est amusant de voir certains artisans, en Argentine par exemple, utiliser nos noisettes comme perles végétales. Elles jouissent là-bas d'une certaine note exotique. Elles sont pourtant peu durables et pas recommandables pour cet usage, leur coque assez fragile ayant tendance à se fissurer avec le temps. Notre noyer (Juglans regia) a été sélectionné pour que les noix soient faciles à ouvrir, contrairement à d'autres espèces sauvages. Ci dessous, un exemple de boucle d'oreille avec les fruits de Trapa natans.

12,00 € boucle001